Chateau de Chambord
Programme archéologique / Le projet perdu de 1519

Les fosses apparentées : tours Sud, Est et Ouest

Les fosses apparentées : tours Sud, Est et Ouest

Contrairement à celles de la tour nord – dont les dimensions sont atypiques – les fosses des systèmes d’aisance des tours sud, est et ouest présentent suffisamment de similarités pour être qualifiées de fosses synoptiques. D’une tour à l’autre, les fosses synoptiques présentent approximativement les mêmes dimensions. Les parois des fosses sont composées d’un appareil de moellons et se dressent sur un ciment compact. Sur ces murs s’appuient les voûtes qui couvrent les fosses : appareillées en calcaire, ces voûtes constituent ainsi les toutes premières maçonneries en pierre de taille du château.

Les petites fosses sont voûtées en berceau de grand appareil de calcaire, et les grandes fosses sont voûtées en anse de panier de grand appareil de tuffeau. Des niches laissées dans les parois laissent deviner l’emplacement des échafaudages et des cintres qui furent nécessaires à l’édification de ces voûtes. Leurs parois présentent également des signes lapidaires en grand nombre, qui fournissaient des instructions précieuses pour la pose des pierres.

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Relevé topographique des fosses de latrines dans le sous-sol du donjon, avec rétablissement de l'orientation réelle.

Au sud, la grande fosse se caractérise par un pan coupé à l’angle sud-ouest, qui pourrait résulter de la présence d’un obstacle : le banc rocheux ou une construction antérieure, comme les fondations de l’ancien château médiéval que François Ier fit araser ? La mise au jour des fondations d’une ancienne tour dans cette zone de la cour par Simon Bryant (INRAP) semble confirmer cette dernière hypothèse.

Dans chaque fosse, l’examen des angles révèle que tous les murs sont chaînés et donc contemporains, sauf le mur de refend séparant les deux fosses. Plus tardif, ce dernier s’appuie visiblement contre les murs existants. Déplacé de 60 centimètres environ de son emplacement originel, ce mur réduit d’autant la largeur première des grandes fosses, et agrandit celle des petites. Ces dernières devaient ainsi être considérablement plus étroites, comme l’attestent les vestiges des murs originels apparents, et les traces d’arrachements visibles sur les parois, nettement plus appréciables depuis leur dégagement lors des fouilles.

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Dans les tours sud, est et ouest, les fouilles archéologiques ont mis au jour les vestiges de murs anciens (en gris sur le relevé) dans les petites fosses d’aisance.

Dans chacune des quatre tours, l’examen des chaînages des maçonneries indique que ce mur de refend a été posé lors d’une étape distincte : il est venu s’appuyer sur les parois des fosses, qui lui sont donc antérieures. à l’ouest, au sud et à l’est, il se dresse même au-dessus des vestiges du premier mur arasé. Les tours ouest, sud et est, décalées chacune de 90°, sont ainsi étroitement apparentées, et présentent des éléments de « biographie » tout à fait similaires.

Les bâtisseurs du donjon ont donc opéré d’importants remaniements dans les fondations de ces trois tours, entraînant la destruction de structures déjà édifiées. La similarité des vestiges d’une tour à l’autre, leur position au sein du plan et la correspondance des mortiers utilisés révèlent une véritable ordonnance, à travers laquelle les contours du premier programme d’exécution se précisent. En surface, la parenté originelle qui lie les tours ouest, sud et est se voit aussi soutenue par l’emplacement des gargouilles en chantepleure qui ornent le soubassement de ces trois tours. Elles sont disposées à intervalles réguliers, tandis que le canton nord en est tout à fait dépourvu.

Ces éléments s’ajoutent à plusieurs autres anomalies, et concourent à donner au canton nord les apparences du fauteur de trouble.

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