Chateau de Chambord
Programme archéologique / Le projet perdu de 1519

Le plan giratoire : l’ombre de Léonard de Vinci

Le plan giratoire : l’ombre de Léonard de Vinci

Désormais, le plan giratoire n’apparaît plus comme l’élucubration isolée d’un architecte. Au contraire, il est désormais admis que son mouvement hélicoïdal régissait le projet originel de François 1er à Chambord, dont les contours se sont considérablement précisés. S’ajoutant à l’étude de bâti en surface et à la démarche archéologique dans le sous-sol du donjon, les résultats des prospections géophysiques ont concouru à une « triangulation » des méthodes, qui a permis de dépasser les spécificités disciplinaires, et de livrer enfin une vision plus claire du projet abandonné de 1519.

Chambord-Plan-giratoire-Palladio

Application du plan giratoire au relevé de Jacques Androuet du Cerceau avec ajout, selon l’hypothèse de Michel Ranjard, de l’escalier à quatre volées de « Sciambur » dessiné par Andréa Palladio.

Cependant, l’énigme de l’architecte demeure entière, et les découvertes récentes ne permettent pas de répondre à l’obsédante question de l’identité de l’auteur – ou des auteurs – de ce projet hors du commun. Mais encore faut-il s’entendre sur le rôle à attribuer au concepteur éventuel, tant la construction de l’édifice paraît s’être déroulée de manière collégiale, et sous le contrôle d’un François 1er que l’ambassadeur de Mantoue dépeint en auteur de dessins de châteaux à ses heures perdues. Toutefois, les diverses fortunes de l’exécution n’empêchent nullement l’existence préalable d’un projet originel clair et abouti, dussent les bâtisseurs s’en être ensuite écartés.

 

L’énigme de l’architecte

En l’absence de sources historiques permettant d’y répondre, la question de l’origine de la conception du palais de François 1er à Chambord fait l’objet de spéculations depuis toujours. Les pistes italiennes ou franco-françaises qui se sont affrontées au fil des siècles n’ont permis que d’illustrer la profondeur des zones d’ombre qui entourent la gestation du projet royal chambourdin. La piste vincienne qui vit le jour en 1913 sous la plume de Marcel Reymond s’est vue considérablement renforcée par les travaux d’Heydenreich, de Pedretti et de Jean Guillaume, jusqu’à constituer l’hypothèse communément retenue en l’état des connaissances actuelles.

Installé par le roi à Amboise, Léonard de Vinci travaille pour François 1er à partir de 1516 au manoir du Cloux, où l’artiste s’éteint en mai 1519, quelques mois avant la nomination des responsables du chantier de Chambord. L’acte de décès le décrit comme le premier peintre, ingénieur et « architecteur » du roi. Il bénéficie à ce titre d’une rente annuelle, indépendante de la nature et du volume de son travail. Aussi, dans l’hypothèse où il eût été impliqué, il est compréhensible que la poignée d’archives disponibles – essentiellement composée de rôles de salaires et de registres de comptes plus tardifs – demeure muette sur le rôle éventuel de Léonard dans la gestation de Chambord.

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L’escalier à quatre volées de marches décrit par A. Palladio + Léonard de Vinci : étude pour un escalier à quatre volées de marches.

Par leurs similitudes, de nombreuses caractéristiques du château trouvent des échos dans « l’architecture de papier » de Léonard. Par exemple, les édifices à plan centré et les escaliers à multiples volées semblent avoir constitué d’inépuisables sujets d’études et de variations dans les carnets de l’artiste. Son étude pour un escalier à quatre volées renvoie à la description que fait Andréa Palladio d’un escalier à quatre révolutions qui se trouverait, selon l’architecte italien, au palais du roi de France à « Sciambur ».

A Chambord, l’escalier ne présente pourtant que deux volées de marches. Toutefois, il n’est pas absurde de prétendre que, dans un édifice au quadripartisme rigoureux, l’escalier à quatre volées ait pu constituer une composante logique – pour ne pas dire nécessaire – d’un projet originel dont Palladio a peut-être eu connaissance. Michel Ranjard avait ainsi intégré cet escalier dans sa restitution de 1973.

Enfin, Patrick Ponsot a également noté des similitudes entre l’ingénieux système d’étanchéité des toits-terrasses de Chambord et des croquis de Léonard.

 

Le château-machine

En réalité, c’est sans doute moins dans les dessins de l’architecte que dans les travaux de l’ingénieur que l’étrange plan rotatif enfin restitué trouve des résonances attendues : lorsque les pales du plan se mettent en mouvement, le château n’apparaît-il pas soudain – sous le regard d’un technicien – comme une construction organique et articulée, un puissant automate alimenté par la turbine de l’escalier et de son noyau central, comme une forme de transcription à l’architecture des principes dynamiques universels que Léonard étudie dans les domaines de l’hydraulique ou de l’aérologie ?

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Exemples de symétrie centrale chez Léonard de Vinci : études sur le mouvement perpétuel.

 

Dans l’œuvre de Léonard de Vinci, aucune création architecturale n’a dépassé le stade de l’esquisse et du projet sur papier. Si le dessein originel de Chambord devait s’avérer être de sa main, le palais de François 1er revêterait une double importance : il constituerait à la fois le dernier geste créatif du vieux maître florentin et la seule œuvre architecturale de sa vie.

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