Chateau de Chambord (photo Dominic Hofbauer)

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Conclusion

Par de nombreux aspects, Chambord contrarie les normes et les étiquettes. Une grande partie des difficultés qu’ont connues les chercheurs au fil des ans réside dans leur volonté d’inscrire Chambord dans une histoire reconnue de l’architecture, reposant sur un réseau identifié de courants et d’influences artistiques, dont la trace pourrait être suivie de l’Italie du Quattrocento au Val de Loire des rois de France.

Or, la fabuleuse construction qu’élève François 1er à Chambord échappe à bien des classifications, et le plan giratoire – dont l’influence n’est ni médiévale ni antique, ni française ni transalpine – n’a pas d’équivalent bâti connu : il ne dit rien aux historiens, et tient tête aux exégètes.

Désormais, le défi que pose Chambord à l’histoire de l’architecture – en tant que discipline - se résume sans doute dans sa capacité à appréhender le palais de François 1er et son plan pour lui-même, et à pouvoir raisonnablement dire quelque chose de cette expression unique de l’art contemporain de son temps.

Cinquante ans plus tard, le fabuleux puzzle géométrique du château de Maulnes-en-Tonnerrois - avec son escalier central ajouré - trouve de nombreux échos dans les expérimentations formelles chambourdines (sans oublier l’apport récent de l’archéologie à la compréhension de cette étrange construction). Comme l’insolite plan pentagonal de la demeure de Louise de Clermont et Antoine de Crussol, le plan giratoire originel de Chambord privilégiait autant une lecture en élévation qu’une appréciation en plan de l’édifice.

Il s’y exprimait alors une véritable symétrie centrale qui orchestrait la ronde des logis au sein d’une architecture cérébrale et délibérément dynamique, entraînant cet étonnant château hélicoïdal dans un vaste mouvement de rotation et d’ascension – mouvement inexorable déformant parfois jusqu’à la torsion le décor sculpté de l’édifice à mesure que l’on s’approche du centre.

Destinés aux courtisans du roi installés sur un plan d’égalité, les appartements de chacun se répondaient ainsi à chaque étage à travers la focale créée par le centre, et gravitaient autour de l’escalier et son éclairage zénithal. Seul point d’ancrage pour nos regards glissants sur les pales mouvantes du plan, le centre fleurdelysé pourrait symboliser ainsi un « roi-soleil » avant l’heure, entouré par la rotation des appartements et des logis qui abritent, autour de la personne royale, la gravitation orbitale de ses ministres et de ses sujets.


 

Couronnant le prodigieux escalier central qui mène aux terrasses et achève de définir Chambord comme une non-demeure, ce dernier trône au cœur d’une architecture votive, d’un palais à la perfection originelle implacable qui - au sens propre comme au sens figuré - accumule les révolutions.

Ainsi, au-delà des aléas d’un chantier agité par les caprices incessants et l’ambition exponentielle d’un commanditaire aux allures de maître d’oeuvre, l’esprit de l’origine semble ne jamais avoir été démenti, et le château final tient toutes ses promesses, livrant l’image d’une société idéale assujettie autour de l’image du souverain. Prolongeant l’axe central, la lanterne sommitale concentre en effet tous les symboles monarchiques : les monogrammes royaux côtoient de colossales salamandres sous l’égide d’une fleur de lys imposante et solennelle. Semblant défier la pesanteur et annoncer l’avènement de l’absolutisme, elle s’élève du cœur du château et brandit contre le ciel une image forte de la personne royale, incontestable intermédiaire entre Dieu et les hommes.

 

 

 

 

 

 

 

 

Axonométrie et plan du château de Maulnes (Yonne).
(dessin de l’Institut d’Histoire de l’Architecture d’Aix-la-Chapelle)

Hypothèse de restitution du projet perdu : application du plan giratoire au donjon actuel. (avec suppression d’une lucarne tardive et ajout des portes triples décrites par l’ambassadeur du Portugal vers 1541).  Réalisation www.axyz-images.com, pour le Programme archéologique de Chambord.

Il existe des monuments enfouis comme des souvenirs. Le château de Chambord est sans doute de ceux-là : sa vision ravive en nous la mémoire de tous les châteaux de l'enfance, réels ou fantasmatiques, effrayants ou sûrs. A trop s'y laisser séduire, le visiteur qui n'y prend garde devient le prisonnier d'un rêve minéral : ses poumons exhalent le souvenir, des escaliers de fond en comble coulent dans ses veines, la pierre de tuffeau hante ses pensées - car s'il y a des châteaux hantés, ne peut-il exister aussi de château "hantant" ?

Des commentaires d’ambassadeurs d’autrefois à l’éblouissement des touristes d’aujourd’hui, la fascination qu'exerce Chambord sur le cœur humain ne connaît pas d'âge ou de frontières. Est-ce cet indéfinissable mélange d'harmonie et de désordre, d'anarchie et d'équilibre qui nous renvoie à nos ombres et à nos lumières, à nos contradictions et à notre propre complexité, raisonnables et fous que nous sommes ? Est-ce l'étrange apesanteur dans laquelle baigne le domaine de François Ier qui nous attire comme une ancre, une bouée de certitude dans un monde changeant ?

« Cosa mentale », utopie de pierre, Chambord demeure avant tout l'expression d'un propos. Au-delà du règne de l'anecdote qu'il lui faut parfois subir, son architecture votive continue à se dresser aux antipodes des affirmations définitives. Puissent les questions qu'elle nous pose nous tenir encore longtemps en haleine.
 

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